Dimanche 27 août 2006
 

Parfois je m’ennuie. En fait je m’ennuie beaucoup, souvent, dès que le temps ralentit sa course. Pourtant je me sens vite oppressée par l’activité, je n’aime pas non plus les journées trop chargées, je n’aime pas courir partout, j’aime avoir envie de ne rien faire, de prendre du temps pour moi. Et puis quand je l’obtiens enfin, je ne sais plus par quel bout me prendre, je erre, prostrée, mutique, j’attends.

Je ne sais pas ce que j’attends. Je ne sais pas ce que je fuis. Je ne sais pas quoi faire.


Je me force alors, j’écris, je dessine, je lis, je regarde des films… J’aime ça. Pourtant. Pourtant j’ai ce désagréable sentiment d’occuper l’espace, de combler un vide, de justifier le temps qui passe.


Je crois qu’au fond j’attends la mort. Pas avec spécialement d’entrain, plutôt même la peur au ventre : personne n’a vraiment envie de mourir. Souvent on veut juste autre chose, autrement, mais rarement la non-existence totale.


Aurais-je désiré un autre monde ? D’autres valeurs ? L’éternité ? Est-ce ma faculté de conception qui me rend insatisfaite ? Je l’ai longtemps cru. Il me semble à présent qu’à travers toutes les vies, toutes les circonstances, ce refrain aurait un jour ou l’autre tapé à mes tempes : cette chanson mélancolique et sans espoir ni désespérance particulière, cette sensation de vacuité, de non sens, d’absurde.


J’aurais aimé être un arbre. Regarder ce monde évoluer sans but et sans raison, dans une immobilité parfaite. Penser, réfléchir, comprendre… Les arbres essaient sûrement aussi, au début. Et puis ils finissent par ralentir, par se fondre totalement dans un système, ils l’intègrent sans conscience parce que c’est ainsi et que ce n’est ni bien ni mal, c’est seulement ainsi. Les cycles se font et se défont sans état d’âmes, parce qu’ils savent que la fusion tranquille et sans conscience est la seule voie qui mène à la paix.


Nous les hommes, nous sommes fiers de notre individualité. Nous nous sommes construits sur les déviances d’un système dont nous nous sommes exclus, par supériorité. Nous avons voulu et nous voulons changer la marche des choses, alors que nous sommes la marche des choses. Au même titre que l’abeille qui butine la fleur qui éclôt de la plante, nous faisons partie intégrante d’un cycle plus vaste qui est né et qui mourra, comme nous naissons et comme nous devons mourir.


Nous devons mourir et nous ne le voulons pas. Et pourtant voudrions nous de l’Eternité ? Je n’en voudrais pas non plus. Là est le paradoxe humain. Nous avons par hasard ou par erreur, la demi faculté de conscience : nous avons conscience d’avoir l’intuition de choses que nous ne pouvons pas concevoir.


Alors nous attendons que le mystère s’éclaire. Nous attendons la mort, car dans notre intelligence limitée nous pensons qu’elle seule pourrait dévoilée l’Autre et l’Ailleurs.


Nous concevons la mort comme un palier, une alternative, un deuxième essai, et nous nous trompons sûrement.


Alors nous errons comme j’erre, muets et étourdis devant cette infinie bulle de pensées vaines qui ne peuvent que s’avorter devant le caractère limité et inabouti de notre pouvoir de réflexion et de conception.


Par Atom Heart Daughter - Publié dans : backdrifter / her, herself and she
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We're damaged goods
What the hell we've got nothing more to lose
One burst and we will probably crumble
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Art vs. Nihilism

 

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